06 novembre 2011
Lali l'orpheline

- On peut presque dire que j'ai commencé ma "carrière" de libraire avec la collection Trimestre. C'est sans doute aussi un peu grâce à Thierry Lenain que lorsqu'on me demande ce que je suis allé faire dans cette galère, j'ai presque immédiatement la réponse.
Du coup, j'attends désormais chaque nouveau numéro avec la même impatience que lorsque encore enfant, j'attendais la sortie hebdomadaire de Pif le chien. Ne voyez-là bien sûr aucune comparaison déplacée si ce n'est un pari réussi pour cette collection, justement dirigée par Thierry Lenain, et qui est devenue l'incontournable rendez-vous trimestriel de la littérature jeunesse. Normal me direz-vous, c'est là le nom même et l'intention revendiquée de Trimestre. Certes, mais au delà de ce rendez-vous millésimé qui a quand même le défaut de nous rappeler que le temps passe un peu trop vite, il y a d'abord un vrai concept, sur lequel sans doute peu de gens auraient parié il y a encore un an. J'ai quant à moi déjà eu plusieurs fois l'occasion d'insister notamment sur le traité graphique des précédents opus. "Lali" n'échappe pas à la règle qui veut que cette magnifique collection soit toujours illustrée en bichromie, en l'occurrence une couleur plus le noir. Si l'on est pas graphiste, on n'imagine sans doute pas la difficulté et les prouesses techniques que requiert ce rendu. Et en même temps on ne peut qu'être séduit par le paradoxe entre le côté réducteur, l'extrême sobriété des couleurs, l'évidence des contrastes, et l'extraordinaire force d'évocation qui se dégage d'un tel traité graphique. Encore faut-il qu'il y ait derrières les crayons et les pinceaux ce petit supplément d'âme qui saura faire vibrer les profanes comme les amateurs éclairés. Olivier Balez, comme tous ceux qui se sont succédés au sein de cette collection, y parvient magnifiquement dans un enchaînement très cinématographique, assez proche du story-board, et qui agit comme une narration à part entière en marge du texte.
Mais alors le texte me direz-vous. Les mots, sobrement distillés, paraissent tous indispensables. L'ensemble, chargée d'intensité et d'émotion, sublime une relation père-fille qui fonctionne finalement un peu comme une mise en abîme. Ce n'est d'ailleurs sans doute pas un hasard si la narration est confiée au père avec en alternance ces échanges téléphoniques courts qui traduisent à la fois l'éloignement et la difficulté accrue à faire face à une situation complexe, à des milliers de kilomètres de ceux qu'on aime.
Mais revenons-en au sujet, qui reste avant tout l'acteur principal de ce 4ème opus !
Marion, jeune occidentale en mission humanitaire en Inde, se prend d'affection pour une petite orpheline handicapée. Une rencontre "coup de foudre" qui va forcément bouleverser deux existences, et mettre Marion face à un cruel dilemme et à la question que pose d'emblée l'ouvrage : "Où l'on se demande si l'on peut faire du mal en croyant faire du bien". L'ouvrage n'a pas la prétention d'y répondre. Subtil et bien amené, porté par un texte et des illustrations sublimes, le sujet laisse aussi présager d'intéressants débats en classe ou en famille.
Bref, encore un trésor sur l'île du Capitaine Lenain, à mettre entre toutes les petites et les grandes mains.
Cyril M.
Thierry Lenain, Olivier Balez, Lali l'orpheline, Oskar éditions, Coll. Trimestre, 2011. Prix éditeur 12,95 €
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