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24 novembre 2011

Mô-Namour

claude ponti,école des loisirs,maltraitance,isée,orphelineUn nouveau Ponti, c'est forcément un événement dans le monde de la littérature jeunesse. Un tsunami chez les nombreux fans du maître.

Bon, à dire vrai, nous, à la première lecture, ça nous a fait un peu froid dans le dos. Il faut dire que ça commence plutôt mal. Très mal. C'est même un peu beaucoup, des tas... dur. Mais après tout, la vie n'est pas toujours rose fée ou jaune camion de chantier. Il paraît même que tout près, et même encore plus près, des enfants meurent. De faim, de soif, ou d'autres choses encore…

 

Les parents non plus, ne sont pas éternels, la faute à pas de chance, ou à un platane.

 

Et c'est justement à cause d'un de ces satanés ramifiés, qu'Isée se retrouve seule au monde. Et un enfant seul c'est vulnérable comme un papillon. Car sur cette terre, qui quoi qu'on en dise, ne tourne pas toujours très rond, il y des gentils qui ont parfois l'air méchant, et des méchants qui ont l'air vraiment très gentil. Bref, il faut apprendre à se méfier. Torlémo lui, a plutôt l'air gentil. Quoique... Et il faut bien reconnaître que c'est bien pratique un ami gentil quand on est fragile et abandonnée. Mais l'amour comme l'amitié ça consiste d'abord à se faire du bien. Et dans cette histoire qui a déjà plutôt mal commencé, il n'y a qu'Isée qui fait du bien à Torlémo. La réciproque est plutôt... douloureuse. Mais rassurez-vous, ça ne finit pas si mal. Car Isée a une bonne étoile. Et fort heureusement, dans l'univers de Claude Ponti, les méchants cauchemars ont une fin.

 

Le message est clair. Ponti nous parle avec ses mots et sa façon bien à lui, de maltraitance. Et même s'il la place, sans doute à dessein à l'extérieur du noyau familial, le thème est abordé de front. Maltraitance des adultes vis-à-vis des enfants, mais également des hommes à l’égard des femmes.

Bien sûr, on rit quand même, on se régale toujours autant des jeux lexicaux, des néologismes, des trouvailles linguistiques et des mots tout tordus du maître : Torlémo (peut-être une allusion au Prince de Motordu, justement), je te couche-culotte pleine, je te chasse-d'eau, Tulavi, cossabagages, autant d'inventions dont l'auteur a le secret.

 

Et puis il y a bien sûr cet univers graphique très particulier, reconnaissable entre tous, et qui n'appartient qu'à Ponti. Un monde onirique dans lequel les fans du maître se sentent du coup un peu chez eux. Un monde parallèle dans lequel on se plait à retourner, comme ces rêves desquels on est brusquement tiré, dans lesquels on arrive plus à retourner et qui s'évanouissent alors, à notre plus grand désespoir. Ponti nous guérit de ce mal des songes en nous tendant à chaque album, une nouvelle passerelle vers son monde merveilleux, où les enfants comme les adultes peuvent parfois, l'espace de quelques pages, oublier le monde tel qu'il est ou encore apprendre à l'affronter.

 

Claude Ponti est un auteur illustrateur de littérature jeunesse né en 1948. Il crée des histoires dont les ressorts s'apparentent à ceux des mécanismes du rêve. Ponti dit lui-même de ses albums : « Mes histoires sont comme des contes, toujours situées dans le merveilleux, elles parlent de la vie intérieure et des émotions de l'enfance, ainsi chaque enfant peut-il mettre ce qu'il veut dans les images : les personnages et les rêves qui sont les siens».


Cyril M.


Claude PontiMô-Namour, Ecole des Loisirs2011. Prix éditeur 18,50 €



 

 

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